Conférence sur la mission et l'évangélisation


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Guérir les rejetés de la société


Gérald Machabert

Magali Andral, déléguée à Athènes pour le DEFAP - Service protestant de mission - vit depuis vingt ans à la Propriété de Dieu dans le Sud de la France, avec son mari. Ensemble ils accueillent une trentaine de personnes en marge de la société - anciens alcooliques, drogués, personnes ayant des troubles psychiatriques ainsi que des familles, en particulier des demandeurs d'asile.

Ceux-ci sont hébergés pour la durée nécessaire à retrouver un sens à leur vie ainsi que quelques forces. L'engagement au sein de cette communauté est relativement libre, ceux qui y entrent ne s'engagent que sur quatre lois visant au bon fonctionnement de la maison : partager les activités quotidiennes de la maison, participer aux deux réunions quotidiennes (celle du matin autour de la lecture de la Bible et celle du soir, destinée à régler des questions quotidiennes), participer à la vie financière de la communauté et s'engager à la sobriété, quel que soit son parcours.

Est-ce que vous pouvez nous présenter le public que vous accueillez dans votre maison ?
C'est un public marginal c'est-à-dire qui ne rentre pas tout à fait dans les cases de ce que demande la société, des personnes qui ont eu un parcours difficile, chaotique, en rupture du lien social ou familial et souvent par le travers d'alcool ou de drogues ou, de plus en plus ces dernières années, d'exclusion sous différentes formes.

Est-ce que vous avez constaté une évolution du public accueilli depuis 20 ans, depuis votre projet initial ?

Oui, tout à fait. D'ailleurs, initialement, nous pensions plutôt accueillir des gens de la "route" qui avaient ce choix de vie, mais très vite nous nous sommes rendus compte que c'étaient beaucoup plus des gens en désespérance : surtout des hommes dans un premier temps puis un public plus varié avec des femmes, des couples, des familles.
Nous avons rencontré aussi depuis vingt ans un accroissement des problèmes de toxicomanie et aussi ces derniers temps des gens sortant de traitements psychiatriques, en dépression profonde ou en mal de vivre.

Quels ont été vos influences dans l'élaboration du projet de votre maison ? Est-ce que d'autres communautés ont inspiré votre projet ?

Oui, notamment la communauté de Berdine que nous avons connue il y a vingt-six ans et qui était surtout tournée sur l'accueil, l'accueil des désespérés et des exclus de cette société, qui ne rentraient pas dans le moule. Nous nous sommes sentis touché par la vie des ces personnes-là.

Vous-mêmes, avec votre mari, avez fait la route pendant de nombreuses années, voyageant à travers le monde. Comment est-ce que cela a influencé vos choix et vos fonctionnement dans la Propriété de Dieu ?

C'est alors que nous cheminions vers l'Inde et que nous étions en séjour en Israël pour découvrir ce que sont les Kibboutz et pour expérimenter cette façon de vivre que nous avons eu un appel personnel sur notre vie. Et cet appel était tourné vers l'accueil des autres.

Comment vivez-vous concrètement le thème de cette conférence sur "guérison et réconciliation" dans votre communauté ?

Je me retrouve beaucoup dans la "réconciliation et la guérison", par rapport à ce que nous essayons de vivre dans notre maison. Quand on propose à des personnes sans famille, sans racines pour certains, une nouvelle famille et la possibilité d'appartenir à un groupe et que Dieu les accueille, cela commence à prendre un sens pour eux, dans leur propre vie. Commencer à se réconcilier avec soi-même, avec son histoire, avec son passé, avec ses parents, avec le monde qui a peut-être déçu tout au long de son parcours...

Quelle place prend la Bible et la foi chrétienne dans la vie quotidienne de la communauté ?

Nous lisons la Parole de Dieu tous les matins. Pour nous c'est essentiel, nous ne sommes pas juste une oeuvre sociale, nous sommes surtout dans une mission : celle de montrer Jésus, donc découvrir la Parole tous les matins par la lecture. Et nous sommes, en fait, plus dans une mise en pratique. Dans notre maison, il n'y a pas de docteurs de la Loi ou de théologiens, mais plus une mise en action dans le quotidien. Et on a pu constater que des gens ayant découvert la Parole s'orientent ensuite vers l'Eglise de leur choix, là où ils se sentent à l'aise pour vivre leur conversion. [737 mots]

(*) Gérald Machabert vient de Montbéliard - France. Il est actuellement pasteur de l'Eglise Evangélique Luthérienne de France pour lequel il est également rédacteur en chef de son mensuel L'AMI CHRETIEN.