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 La conférence dans les médias

13.05.05 12:28 Il y a: 7 yrs

Conférence mondiale sur la mission: Interview de Don Colzani

[Don Gianni Colzani, professeur de théologie de la mission à l'Université Pontificale urbanienne de Rome et membre de la délégation catholique à la Conférence mondiale sur la mission en cours en Grèce, a été interviewé à Athènes par Giovanni Giuranna.]

Question: Pouvez-vous nous raconter les premiers jours de cette conférence qui se tient pour la première fois dans un contexte orthodoxe?

Don Colzani: L'intervention de l'archevêque Christodoulos a été une tentative de délimiter le thème "guérison et réconciliation". C'est un thème qui se présente sous la forme de prière: "Viens, Esprit Saint, guéris et réconcilie!". Il a donc une forme qui nous renvoie à la liturgie qui pour les orthodoxes est la synthèse exemplaire de la vie de l'Église. L'action liturgique présente une forme trinitaire et ceci aide à bien placer le thème guérison/réconciliation. Christodoulos a insisté sur le fait que guérison et réconciliation, dans la compréhension orthodoxe, sont liées à la médiation liturgique et sacramentelle (même si d'autres formes ne sont pas exclues); et elles ont un évident caractère ecclésial. Cela veut dire que les dons de l'esprit ne créent pas des personnes individuellement charismatiques (guérisseurs, prophètes, chamanes…) mais donnent naissance à des ministères différents qui trouvent leur place dans l'Église. La dimension ecclésiale doit être prise en considération aussi bien comme origine que comme fruit des ministères. Autrement, on se trouve devant une "Église de curanderos"…

Question: Des représentants du monde pentécostaire et charismatique participent à la conférence: comment ont-ils réagi à ces observations?

Don Colzani: C'est vrai: la présence des Églises pentécostaires, avec les autres, est une des caractéristiques de ce rendez-vous. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas vu d'opposition radicale entre dimension charismatique et institutionnelle. Le climat que l'on respire est serein, enrichissant, sans affrontement entre les diverses positions. Les occasions ne manquent pas: mardi soir par exemple, sur le thème "l'Église orthodoxe et la mission dans le monde", les points de la controverse ont émergé mais le climat n'était pas du tout tendu. Cela n'était pas escompté. La rencontre traitait de la conception orthodoxe de la mission. Des thèmes soulevés notamment dans le passé ont été affrontés: les représentants orthodoxes ont exprimé le mécontentement de leurs Églises par rapport à des styles de prière et de décision au sein du Conseil oecuménique des Églises. Ce sont des problèmes qui ne sont pas insignifiants, qui dans le passé ont provoqué la sortie des Églises orthodoxes de Géorgie et de Bulgarie…Cependant, le travail d'une commission spéciale qui a tenté de dénouer ces problèmes semble avoir eu de bons résultats.

Question: Avez-vous aussi parlé de prosélytisme?

Don Colzani: Les orthodoxes ont exprimé franchement leurs convictions sur le prosélytisme et sur leur manière de concevoir la mission. De leur point de vue, le concept de "territoire canonique" revêt une importance notoire. Pour le dire plus simplement, chaque Église a son propre territoire, confié à un évêque et à un presbytère. Il n'est pas correct, et il n'est pas non plus fraternel que d'autres Églises prétendent intervenir de manière totalement autonome sur ce territoire. Ils ont clairement condamné les Églises chrétiennes qui tournent leur action missionnaire vers des chrétiens d'une autre confession. Mais au cours du débat qui, je le souligne, a été très serein, plusieurs personnes ont fait des objections sur cette notion de territoire. Le catholique Robert Schreiter, professeur de théologie aux États-Unis, s'est demandé si cette vision du territoire canonique correspond encore de manière adéquate à l'actuelle situation, caractérisée par des migrations et des déplacement de millions de personnes. Ce concept n'était-il pas adapté aux sociétés statiques? C'est une objection de caractère sociologique, qui ne touche pas des questions de fond au niveau théologique mais met en lumière la nécessité de repenser les choses. D'un point de vue plus proprement théologique se pose le problème de savoir 'qui' doit définir le territoire canonique: l'histoire? La tradition? L'évêque? De fait, les Églises ne sont pas étrangères à l'histoire. Au fil des siècles elles changent et il arrive que les Églises qui autrefois pouvaient évangéliser une vaste région ne peuvent plus le faire. De plus, aujourd'hui, ce que l'on appelle "territoire" se présente comme un mélange de différents niveaux et le côté géographique n'est plus suffisant.

Question: Comment se positionnent les Églises orthodoxes face au défi de la mission?

Don Colzani: On peut imaginer qu'une renaissance de la mission orthodoxe est en cours. Qu'elle se développera avec ses propres caractéristiques qui ne se superposent pas au concept occidental de mission. Pour les orthodoxes, la mission se réfère plus à l'oeuvre de l'Esprit qu'à l'activité intense des missionnaires. Et l'effusion de l'Esprit renvoie encore une fois au Ministère célébré: voilà pourquoi, dans la vision orthodoxe de la mission, la liturgie et le monachisme ont une grande importance. C'est un élément d'originalité qui est un stimulus pour toute les Églises. La perspective de fond est cosmique: la mission consiste en la transformation du monde jusqu'à rendre évident le resplendissement de Dieu sur la création. L'Église orthodoxe qui présente la plus importante initiative missionnaire est peut-être le Patriarcat d'Alexandrie d'Égypte, qui est responsable de toute l'Afrique. Ces jours-ci les représentants orthodoxes ont dit que les temps changent et que de nouveaux choix mûrissent. D'où l'invitation à ne pas considérer les orthodoxes comme un monde fermé et statique. Une relance de la mission se profile très certainement.
[CC]